Que l’on me pardonne de pasticher honteusement Brassens… Mais…

Je me pose régulièrement la question de la place de l’enseignant durant le cours. Le présentiel, la posture jouent en effet un rôle extrêmement important et, qu’on ne se le cache pas, tout cours est un show. J’avoue avoir déjà préparé certaines parties, tel un comédien de théâtre répétant son rôle. Cela me permet de voir de manière plus directe si certaines explications sont claires ou confuses et si je ne risque pas de perdre les étudiants en route. La présence au sein du cours reste en effet un défi parfois particulièrement difficile. Il s’agit clairement de motiver et de tenir en haleine pendant en général une heure, voire beaucoup plus, un public pas forcément passionné et quelque peu obligé d’être présent. Si l’on tient compte uniquement de ce dernier fait, il faut s’attendre à un échec total. Le cours doit vivre, s’adapter et j’ai un peu de mal à comprendre la sacro-sainte tradition des « communications » dans le monde universitaire où, pour la plupart, il s’agit de lire les feuillets souvent nombreux d’un article. S’il existe des virtuoses du genre toujours agréables à écouter, j’ai vécu aussi nombre de communications où le public semblait plus intéressé par l’imminence de la pause-café que par les propos de l’intervenant. Personnellement j’avoue avoir beaucoup de mal à trouver de l’intérêt à ces exposés plus formattés pour le papier que pour une confrontation avec le public.

Personnellement je déteste le présentiel classique qui a encore trop souvent la part belle un peu partout dans nos écoles et universités. La position de l’enseignant, dispensateur de savoir et unique habilité à parler, est à mon sens inconfortable et peu porteuse de sens. Sur le plan de l’université, je sens bien que les étudiants ont clairement évolué, que l’échange est possible, mais bien souvent cette position ne nous permet pas d’envisager un cours un peu différent. Il est très difficile de motiver des étudiants et des élèves dans ces conditions. Un certain nombre de cours en présentiel perdent d’ailleurs de leur sens. Soyons honnêtes : lorsqu’il s’agit d’aborder des généralités quel que soit le domaine, autant renvoyer vers la bibliographie, Wikipédia et quelques sites bien pensés. Les cours ne prennent tout leur sens que lorsque l’on peut apporter une véritable expertise et non pas lorsque l’on n’a d’autre possibilité que de décortiquer et présenter des généralités. Parallèlement, j’ai vu fleurir de manière très régulière dans les collèges des classes-pupitres dont la répartition du mobilier ne respectait pas le présentiel habituel, permettant ainsi un changement notable dans l’interaction avec les élèves. Il y a donc un réel besoin qui se fait peu à peu sentir.

Lorsqu’il s’agit donc de faire du présentiel classique, si on n’a vraiment pas le choix, mieux vaut que cela se déroule lors d’un cours peu empreint de généralités, tant la posture de l’enseignant en tant que figure d’autorité est imposante dans cette forme. J’avoue que celle-ci me met en général mal à l’aise et j’ai tendance à naviguer dans la salle. L’utilisation dans certains cours de salles informatiques facilite grandement les choses par une disposition souvent peu orthodoxe. Le danger quand on y apporte des éléments de nouvelles technologies est de devoir rester scotché à son ordinateur ou sa tablette pour de simples raisons de câblage. Récemment un cours combinant présentiel et très mauvaise position du matériel, à savoir juste à coté du projecteur, m’obligeant ainsi à des contorsions pénibles pour gérer mon matériel et en même temps ne pas gêner la vue des étudiants, a constitué une atroce souffrance. En cela, je recommande l’utilisation d’une télécommande, d’une souris ou d’une tablette sans fil. Malheureusement dans ce cas, cela s’avérait impossible.

Outre ces contraintes matérielles, ce mode de fonctionnement a tendance à plomber le cours en affirmant nettement une supériorité de l’enseignant. Les étudiants sont assis, l’enseignant est debout, il domine. Il est à remarquer que psychologiquement l’effet n’est pas le même dans un amphi. La position est certes la même mais les étudiants sont assis en hauteur. Il n’y a donc pas de domination, mais un auditoire auquel l’orateur s’adresse, une sorte de, si je peux m’exprimer ainsi, « contrat de lecture »… La disposition classique des salles de classe dessert souvent et aide peu à instaurer une réelle communication avec les étudiants, formatés et préparés à un mode « lecture » et non « interaction ».

J’ai eu la chance récemment d’assister à un cours d’éducation aux médias dans un collège anglais à Canterbury. Je me suis pris une claque… Organisation spatiale de la classe loin du schéma présentiel classique, pas de places déterminées des élèves, chacun se plaçant où bon lui semble en fonction des cours, enfin interaction continue entre l’enseignant et ses élèves, non sans humour, sans que l’on puisse noter un quelconque débordement.

Que faisait l’enseignant de si particulier pour créer cette ambiance et cette interaction ? Rien de spécial. Il était lui même. Ce naturel lui permettait d’interagir en toute quiétude avec ses élèves au travers d’une excellente connaissance de son sujet, d’une maîtrise de la répartie et surtout d’une trés bonne relation avec chacun de ses élèves. Tisser des liens, bien connaître ses élèves, son public, est en effet essentiel. Ne nous méprenons pas : un cours n’a rien de foncièrement différent vis-à-vis d’une conférence, d’une pièce de théâtre, voire d’un one man show, aussi orthodoxe que cela puisse paraître.

J’en retire au final quelques conclusions qui me semblent devoir guider n’importe quel cours :

  • La salle de classe n’est pas un espace figé mais un lieu en mouvement, en mutation constante.
  • La salle de classe n’est pas un lieu de domination. Nous transmettons des connaissances mais en recevons en retour.
  • Nous racontons des histoires, pas un simple exposé d’informations. Un cours n’est ni plus, ni moins que du storytelling.
  • Ces histoires évoluent en fonction du public.
  • Nous connaissons ces histoires quasi par coeur et devons savoir improviser.
  • Ces histoires s’appuyent sur des documents, des médias permettant d’apporter, de favoriser un peu d’interaction au sein de la classe.
  • Enfin nous n’aurons jamais fini d’apprendre.

Si j’ai déjà pris un certain nombre de ces résolutions au fil du temps, 2012 sera, s’il m’est possible, l’occasion d’expérimenter de nouvelles formes de dispostion de classe en n’hésitant pas à faire participer les étudiants afin de trouver la meilleure adéquation pour chacun. J’y reviendrai prochainement dans mes installations entre vidéprojecteur, ordinateur, tablette et consorts…