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Post un peu spécial, un peu hors-norme aujourd’hui à l’occasion du 1er mai. L’envie de rappeler une autre facette du travail, le travail numérique, en grande partie non-marchand et orienté vers le partage de l’information et des connaissances.

Si vous souhaitez vous aussi rejoindre ce modeste mouvement, il suffit de peu de choses : une bannière particulière, un billet un peu hors-norme, une réflexion, un tweet revendicatif, une oeuvre… Le 1er mai numérique se retrouve aussi pour l’instant sur Facebook.

Pour information, une classe virtuelle numérique, « Travailler oui, mais pourquoi ? Comment ? » est organisée demain soir par l’association, Rexistences. Toutes les infos sur la page de l’événement.

C’est l’histoire d’un enfant et d’un homme. Une histoire que beaucoup d’entre nous ont du lire au moins une fois dans leur vie. Un détail dans une longue saga, un détail qui me revient à l’esprit alors que je surfe sur les forums répondant à diverses questions, diverses bouteilles à la mer. C’est l’histoire d’Olivier et de Lucien. Olivier, vous le connaissez sûrement. C’est le petit Olivier des Alumettes suédoises, un roman de Robert Sabatier. Enfant et même encore maintenant, je me suis passionné pour son histoire, pour ce Paris des années 30, pour ce Paris des années folles avant la tourmente. Quel rapport avec le numérique ? J’imagine que beaucoup se posent la question. La réponse est simple : Lucien… Lucien est marié et sa femme fragile, tout comme leur unique enfant, alors Lucien sort peu, a peu d’amis. Mais Lucien est un passionné. Lucien, c’est pour les voisins du quartier le sans-filiste. Pas de Wifi là-dedans, ni de Bluetooth ou d’infrarouge. Lucien a la passion de la radio. Il en a des dizaines chez lui, qu’il écoute, bichonne, répare à longueur de journées… Cette passion, il aime la partager. Voilà pourquoi le petit Olivier est son ami, un ami à qui il fait découvrir les grands chanteurs de l’époque, les émissions en tout genre, les premières publicités… Lucien a de grandes théories sur sa passion car la radio n’est pas qu’un divertissement, qu’une technique : la radio va aider à rapprocher les gens, à leur amener la paix chez eux, le plaisir. Vous voyez où je veux en venir ? Pourquoi Lucien consacre-t-il autant de temps, d’énergie à sa passion ?

Parce qu’il est convaincu qu’elle va changer le monde…

J’en étais là de mes réflexions, à me poser la même question. Pourquoi est-ce que ça fait une bonne partie de ma soirée que j’écris des billets, réponds à des messages, fouille sur le web pour trouver des solutions, écrit des sortes de mini-tutoriaux concernant telle ou telle manipulation ? Malgré un emploi du temps chargé, pourquoi est-ce que je consacre du temps à de parfaits inconnus, à de vagues pseudos ? Pourquoi est-ce qu’avec certains j’ai fini par tisser un lien ? Que sont pour moi tous ces pseudos qui s’affichent ? Une vague liste de noms ? Juste du texte ? Ou les prémisses de quelque chose de beaucoup plus vaste ? Rien ne me pousse, sinon le sentiment d’appartenir à une communauté, l’envie d’y apporter ma petite pierre et surtout la conviction qu’on peut changer le monde…

Rentabilité : 0… Productivité : 50%… Plaisir : 100% !

Certes, on est parfois plus tenté par des réponses frôlant le RTFM (Read That Fucking Manual) ou STFW (Search The Fucking Web), parce qu’il y a le sentiment que le demandeur a plus une attitude de consommateur et n’a pas vraiment fait d’efforts avant d’interroger, de poser sa question, alors qu’en jetant simplement un oeil au manuel ou en faisant quelques recherches basiques il aurait déjà eu quelques éléments de réponse. Il y a aussi ceux qui reposent la question sans avoir lu les messages précédents et donc vu que la réponse était donnée plus haut. Pas vraiment motivant dans ces cas…

Mais ce n’est pas le sentiment général, le plus souvent c’est un sentiment de partage et d’entraide qui, à mon sens, anime le net. Cela peut paraître utopiste mais combien d’initiatives de ce type ont-elles été portées par internet ? Combien de mouvements de liberté ont été entraînés, véhiculés par Internet ? Et j’ai le sentiment peut-être naïf qu’en tapant ce texte sous Emacs et Ubuntu 12.04 (« Il tapait sous Ubuntu…. Et pour moi ça veut dire beaucoup… », dixit Michel Berger), l’envoyant via Firefox sur un blog hébergé par WordPress, je ne fais pas qu’utiliser une technologie, je fais en même temps un acte militant. Mais il y a un mais…

Que sont devenus les beaux rêves de Lucien le sans-filiste ? Où en est la radio ? La radio a montré qu’elle pouvait servir tous les usages, du pire au meilleur. Il n’y a pas de destinée particulière pour une technologie.

Il en est de même pour toutes. Regardons en arrière. Le livre allait diffuser la connaissance auprès de chacun, rapprocher les peuples, apporter la paix… On a imprimé Mein Kampf, des livres sans intérêt et … des chefs d’oeuvre. Le livre reste un symbole. Il résiste bien, résiste encore. Peut-être parce qu’il n’y a qu’une lettre à changer pour qu’il soit libre.

Le train allait lui aussi rapprocher les peuples. Il a permis de baux voyages, de belles rencontres, mais a rapproché les futurs poilus français des soldats allemands, tous les deux partis la fleur au fusil. Que dire des déportés de la seconde guerre mondiale envoyés vers la mort par wagons entiers ?

La télévision ? Pourquoi pas ? Des philosophes ont fondé beaucoup d’espoir sur ce média. Et pourtant force est de constater qu’une nouvelle fois le pire y cotoie le meilleur. Les beaux jours de la télé-réalité, de la télé-coach sont sous nos yeux. D’accord, pas d’accord ? Envoyez OUI au ***** ou NON au ***** (3,34€/mn + 15,70€ par appel).

Le téléphone ? Appareil photo, caméra, console portable, piège à c…, agenda, chat, diffuseur de sonneries en tout genre, bijou hi-tech, enquiquineur de voyage, signe extérieur de richesse, GPS, point de départ d’une nouvelle forme de langage, psychologue automatique, signe extérieur de sans-gène, encyclopédie portable, compagnon de voyage… Fait-il encore téléphone ? Qu’est-ce que la communication au travers du téléphone ? Un ovni ? Selon un ministre français, premier observateur d’un prototype du téléphone, cette invention n’avait aucun avenir… Bell y mettait beaucoup d’espoir.

Et puis, il y a notre internet. Parti d’un projet militaire, bifurqué par la case réservations d’une grande compagnie aéronautique, puis livré aux scientifiques, Internet a fait du chemin. D’abord confidentiel, aujourd’hui à la mode selon ses diverses formes et services. Mais Internet résiste, résiste encore, toujours… Ce qui nous paraissait évident dès les débuts de l’informatique a aujourd’hui besoin d’un nom : le logiciel, la culture et la connaissance libres et l’on se retrouve autour de l’Internet pour défendre ces quelques valeurs que l’on peut résumer en un mot : partage.

On a jamais autant évoqué l’économie numérique mais sous ce terme se cachent d’innombrables aspects. Le plus souvent, notre travail numérique est non-marchand, fait de petites actions bénévoles qui aident à consolider le réseau, à partager et diffuser la connaissance. Il suffit de constater le succès d’une initiative comme Wikipedia par exemple. En ce 1er mai, ce travail est plus que jamais à mettre à l’honneur, tant il a pris une place importante aujourd’hui et peut aider à cimenter la société.

Cela me peine que les rêves de Lucien le sans-filiste aient été piétinés, mais ils sont toujours vivants. J’aurais aimé le connaître. Aujourd’hui on le surnommerait geek. Aujourd’hui la donne a changé car, à la différence des autres technologies, nous contrôlons Internet et son contenu. Nous en sommes véritablement les acteurs. Nous avons les moyens de changer, d’évoluer, de nous exprimer. Qu’il y ait des filtres, des barrières, il y aura toujours une nouvelle technologie qui permettra de les dépasser, de les briser toujours dans un but de partage où la vision de l’internet rejoint cette fois la devise Liberté, Égalité, Fraternité.

La route est encore longue et semée d’embûches mais on aurait tort de se sentir seul et de s’apitoyer. Qui aurait cru lorsque Linux faisait ses premiers pas que le dernier Airbus utiliserait un tel système ? Qu’une grosse partie du Web tournerait sous un logiciel libre, Apache ?  Qui aurait cru que l’idée de partager ses données, son code-source ferait du chemin ? Que des réseaux sociaux seraient créateurs d’associiations, d’entreprises ? Qui aurait cru qu’un film pourrait être créé de toutes pièces de manière collaborative ? Que des mouvements spontanés de liberté naîtraient sur le réseau et essaiemeraient dans la société ?

Le travail numérique, la société numérique ne sont pas faits que de rêves mais, depuis la première fascination, enfant, face aux ordinateurs, je reste émerveillé et plein d’espoir face aux possibilités offertes par les nouvelles technologies, d’autant plus par la place de plus en plus importante qu’elles ont pris dans la société et l’éducation. A mon sens, le réseau porte l’entraide en soi tel un code génétique. Son premier objectif n’était-il pas de pallier à la défaillance d’une machine ou d’un radar dans un réseau militaire ? Entraide « numérique » si on veut pousser le bouchon un peu loin…

Nous créons du numérique, un réseau numérique, des valeurs numériques, de l’échange numérique, du partage numérique et, de plus en plus, le virtuel rejoint le réel. Nous créons le monde de demain. Il me paraîssait important de le rappeler aujourd’hui, important de rappeler qu’au-delà de la société et de ses objectifs, il peut y avoir un rêve. Que vous soyez en ce jour dans la rue ou non, bon 1er mai !