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Je reste assez circonspect sur la proposition de remettre des cours de morale à l’école. D’une part, cela sonne un peu « de mon temps, les jeunes… »; d’autre part, ce n’est pas sans poser un certain nombre de questions et de problèmes.

Il est dommage de commencer par une vision défaitiste de l’école comme si toute morale avait disparu. De la maternelle à l’université, il y a pourtant nombre d’enseignants motivés, de passeurs de connaissances mais aussi de pratiques civiques car il vaudrait mieux appeler la morale « civisme » car c’est bien le fait de vivre en société que l’on vise et non, je l’espère, de donner un code moral, une attitude « bien sous tous rapports ».

Première question à soulever : ma morale n’est pas celle de mon voisin, ni celle de l’Etat. Qui va définir le contenu de ces cours ? Je crois que cela risque d’être difficile et que l’on n’ait pas fini de s’étriper sur ce sujet. Cela n’est en effet pas anodin. La morale, cela définit un projet de société, un mode de vie. Regardons un peu en arrière et voyons si certains modes de pensée, certaines erreurs d’autres époques n’ont pas été induits par une morale cautionnée par la société. Qui nous dit que notre morale d’aujourd’hui vaut le coup d’être enseignée et appliquée ?

Et puis, mettons les pieds directement dans le plat : depuis quand la morale a-t-elle disparu de l’école ?

J’assistais récemment à deux cours en collège. Lors du premier, un cours de Français, l’enseignant étudiait avec ses élèves un texte qui évoquait l’insécurité et le sentiment d’insécurité, montrant par là que ce sentiment est souvent exagéré et exacerbé par les médias. Durant le second, un cours de géographie, l’enseignant montrait des photographies à ses élèves et les faisait réagir. Il s’agissait de montrer l’extrême-pauvreté de certains pays, la pollution qui sévit dans les bidonvilles, deux photographies montrant par exemple l’une un pipeline traversant un quartier, l’autre une rivière boueuse charriant une quantité impressionnante de détritus. Les élèves réagissaient, commentaient et se forgeaient un avis sur chacun de ces sujets. A mon sens, la morale ou plutôt le civisme étaient là. Enseigner, ce n’est pas que passer des connaissances, c’est aussi provoquer les réflexions et ces deux enseignants démontraient bien qu’ils avaient tout à fait intégré cela dans leurs rôles respectifs.

La morale n’a pas disparu. Elle a pris une autre forme. On peut certainement la développer, mais pas en créant des cours de morale, beaucoup plus en amenant les élèves à la réflexion au travers des cours qui leur sont dispensés, mais aussi pourquoi pas de cours de philosophie que l’on multiplierait, de clubs (lecture, presse, jardinage, musique, art, hacking et DIY…). Participer à un journal ou un blog de collège, c’est se confronter à la liberté d’expression, au droit de l’information. Créer un jardin, c’est mettre un pied dans l’écologie, se responsabiliser. Créer un club informatique, des activités autour du hacking et du DIY, c’est réfléchir sur l’information, le recyclage, apprendre par soi-même par exemple, utiliser des logiciels libres et partager ses connaissances…

Faut-il donc se focaliser sur la morale en tant que telle ? A mon sens, non, mais faire preuve d’imagination et multiplier les occasions de monter des projets, oui…