Highway to hell

Mais le malheureux chef comanche acheva de perdre le Nord : il tomba assis par terre, et se mit à pleurer. (Marcel Pagnol)

C’est à peu près l’état d’esprit dans lequel je me trouvais il y a un peu plus d’un mois et demi.

Contemplant le ciel dans les collines provençales, l’aventurier valeureux trouvait en effet curieux que le ciel semblât annoncer la mer alors qu’il s’enfonçait dans les terres. Vérification faite une fois le sommet vaincu, c’était bien la mer qui se découvrait au loin et ce n’était pas normal. Il eut alors la mauvaise idée de prendre un petit chemin sur le côté qui menait à un autre plus petit chemin. N’écoutant que son courage, il empruntât un chemin tortueux qui n’en était pas un pour décider enfin de rebrousser chemin après quelques centaines de mètres et… ne rien reconnaître…

« Perdu dans la colline », cela pourrait faire le titre d’un roman de l’été. Le valeureux aventurier aurait pu faire comme le chef comanche : s’asseoir par terre et se mettre à pleurer mais il n’avait plus 10 ans et il ne ferait pas de cet épisode ses mémoires, peut-être tout juste un article de blog.

Marcel Pagnol a fait de son escapade dans les collines provençales les belles pages de la Gloire de mon Père. Et soudain je me demandais ce que Marcel Pagnol aurait bien pu écrire s’il avait eu comme moi un GPS dans la poche. L’utilisation de Google Earth et de ma position GPS sur mon téléphone portable me montra en effet que je n’avais raté mon chemin que de quelques mètres et que j’étais juste en train de m’enfoncer dans la garrigue.

Bien des années plus tard, mon front vieillissant aurait pu se pencher sur la page blanche pour raconter comment je me suis perdu dans la colline, mes heures d’errance, mes angoisses, mes petits bonheurs et enfin après une nuit passée dans la colline mon retour à la civilisation après avoir retrouvé mes repères. Ces pages ont été effacées en quelques secondes par un GPS.

Loin de moi l’idée de me la jouer façon nostalgique « de mon temps, les jeunes… », le reste de la route je me suis interrogé sur cet impact des nouvelles technologies difficilement quantifiable. Certes, on pourra m’objecter que même de nos jours Marcel Pagnol n’aurait peut-être pas eu à 10 ans un téléphone portable et que son baladeur mp3 et sa Nintendo 3DS ne lui auraient pas été d’un grand secours. C’est globalement que je me pose la question. Qu’écrira-t-on dans nos ouvrages ? Comment intégrerons-nous les nouvelles technologies sans tomber soit dans la caricature facile, soit dans la diabolisation dans lesquelles se complaisent trop souvent de nombreuses créations ?

Bref, à nos plumes !

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