Étiquettes

, ,

Hackey Makey

Il est des achats que parfois l’on regrette. J’avais voulu tester une tablette low cost et je testais une tablette low cost. Un modèle à 99€ dont je tairais le nom de la marque. Une tablette 7″, légère et qui m’intéressait de par le fait qu’elle pourrait cette fois tenir véritablement dans la poche.

Sur le plan matériel, rien à redire. Je connaissais leur matériel auparavant et je savais que cela serait de qualité moyenne mais de qualité quand même. Sur le plan logiciel, l’installation d’Android faite sur la tablette n’était ni faite ni à faire. Pratiquement inutilisable et je n’ose imaginer la réaction de clients pas au fait technologique et se retrouvant avec un appareil tout juste bon à caler un meuble. Seules les applications déjà disponibles sur la tablette fonctionnaient. Un « store » exotique offrait un certain nombre d’applications supplémentaires mais impossible d’installer Google Play, et F-Droid, permettant de disposer d’applications libres, se révélait instable.

Elle et moi, on s’est regardés longtemps du coin de l’oeil, comme un premier rendez-vous raté en se disant qu’on aurait peut-être une seconde chance, qu’une prochaine idylle devait naître. Ce qui devait arriver arriva. Il y eut un jour, il y eut un matin et la bidouille fut. Je changeais le firmware, c’est-à-dire le système d’exploitation par un Android stable et adapté, installait Google Play et F-Droid dans la foulée puis un ensemble de paquets Linux me permettant de disposer d’un Android boosté au travers de l’application Lil’Debi.

Pourquoi je raconte cela ? Tout simplement, parce que l’ensemble des opérations indiquées ci-dessus est accessible au grand public et ne nécessite pas de connaissances techniques particulières, si ce n’est d’être informé que cela est possible. Une bonne connexion wifi, un peu de patience… Je n’ai eu qu’à télécharger quelques contenus, lancer les applications et le reste s’est fait automatiquement. Cette tablette est désormais parfaitement opérationnelle et je m’en suis servi plusieurs fois dans un cadre pédagogique.

En gros :

  1. Changer le firmware : Instructions (Merci à Asthro pour l’astuce)
  2. Installer Fdroid
  3. Installer Lil’Debi

Ce n’est qu’un peu de bidouille, un peu de curiosité. Je me souviens quand j’avais 7 ans d’un grille-pain que mes grands-parents avaient ramené pour que je m’amuse à le démonter. « Cassé », avait dit le vendeur avant de les emmener dans le rayon. Cela allait en effet soi-disant leur coûter plus cher de le réparer que d’en acheter un autre. En 5 minutes de temps, j’avais décoincé le ressort et l’appareil a encore fonctionné à merveille chez mes parents pendant plusieurs années. J’avoue que la tactique commerciale m’avait choqué à l’époque et je ne comprenais pas.

A l’heure où il faut faire bien souvent dans le clinquant, dans l’usine à gaz, parfois pour des actions toutes simples, je me disais que cet exemple pouvait être intéressant. Cette tablette remplit en effet parfaitement son office. Aurais-je besoin de plus, de tablettes à 300€, 400€, 500€ voire 600€ ? Non. Je ne dis pas que les tablettes plus importantes sont inutiles, loin de là, mais qu’on les utilise uniquement si nécessaire. On parle d’économies, de manque de moyens. C’est peut-être une solution. Faire avec les moyens du bord est souvent vu de manière négative. Faire avec les moyens du bord, c’est souvent affirmer clairement que l’on n’ira pas très loin faute de matériel innovant. Personnellement, je l’ai toujours vécu de manière positive. Faire avec les moyens du bord dans le monde de la bidouille, c’est faire preuve de créativité pour obtenir le même résultat que si l’on avait du matériel haut de gamme. De nombreuses inventions innovantes viennent de ce principe.

Deux exemples qui m’ont particulièrement touchés :

Quand j’eus mon premier ordinateur, un Amstrad CPC 6128, j’avais déjà tâté un peu d’autres machines, squattant ça et là les ordinateurs auxquels j’avais accès. Je me souviens d’avoir souvent fait halte dans le bureau de mon père pour m’installer à l’un des ordinateurs libres et pour lequel j’avais spécialement acheté un paquet de disquettes 5″1/4 que je traînais dans mon sac. Lorsque j’achetais donc mon premier ordinateur dans un magasin à l’ancienne plutôt orienté « ordinateurs de bureau », le vendeur m’avait fait un peu dédaigneusement la liste de tout ce qui était impossible de faire sur cette machine. Les images étaient notamment de « piètre qualité ». Effectivement, les modes graphiques de base étaient caractéristiques de la période 8 bits : un mode 0 avec 16 couleurs disponibles sur une palette de 256 et de gros pixels, un mode 1 avec 4 couleurs, enfin un mode 2 précis mais monochrome, une large bordure ne permettant pas quel que soit le mode d’avoir une image en plein écran. J’aurais mieux fait selon lui d’acheter une machine plus puissante mais il n’en était pas question. J’ai cherché, échangé avec mes pairs, appris peu à peu, dévorant les manuels de basic et d’assembleur. J’y suis retourné un jour dans ce magasin devant acheter un ruban d’imprimante et j’eus le plaisir de montrer négligemment au vendeur une image en overscan, c’est-à-dire en plein écran, en mode 2, le plus précis, avec 256 couleurs affichées, choisies sur une palette de 4096. Qu’est-ce qui était le plus intéressant dans les choix qui s’offraient à moi ? Mettre la main à la poche et acheter directement le matériel haut de gamme ou bien me contenter de mon Amstrad CPC 6128 et apprendre à augmenter ses capacités, apprendre à maîtriser totalement mon ordinateur ?

La même chose s’est reproduite quelques années plus tard. Faisant de la musique électronique, j’avais acheté un sampleur, une machine permettant d’utiliser tout type de sons et de s’en servir comme d’un instrument de musique. Mon Yamaha SU-10 était tout petit mais bien pratique et je l’utilisais souvent. Je le connaissais quasi par coeur. Un jour me prit l’envie d’un deuxième sampleur pour augmenter les capacités. J’avais 2000frs en poche, pas plus. Je poussais la porte d’un magasin, demandais à voir les sampleurs, en particulier un de la marque Zoom qui correspondait à mon budget et mes envies. Bien évidemment, malgré le budget annoncé, le vendeur me montrait l’ensemble des Akai à 5000 frs minimum. Impossible pour moi… A la question « qu’est-ce que tu as déjà comme sampleur ? », je répondais bien évidemment le SU-10 et entendais cette « fabuleuse » réponse : « Non, mais ça c’est de la m… Y’arrive un moment où il faut arrêter les boîtes en plastique. » J’ai acheté mon Zoom ailleurs… Quelques semaines plus tard, je regardais sur Arte un documentaire sur Björk (car musicalement je voue un culte à Björk…), on la voyait notamment se promener sur la plage un boîtier entre les mains qu’elle utilisait pour composer les bases d’une nouvelle chanson. Quand le journaliste l’interrogea sur ce qu’elle tenait dans les mains, sa réponse fut éloquente « Ca, c’est un cadeau de Mark Bell, c’est génial. Tu mets tous les sons que tu veux et tu les utilises ensuite comme un instrument ». Björk tenait entre les mains un SU-10, une « boîte en plastique »… Une partie de l’album Vespertine de Björk est née sur un SU-10.

Alors pour cette tablette, certes, il faut avoir le temps de la configurer et j’avoue ne pas avoir encore trouvé de solution permettant de configurer de façon simple une flotte de tablettes (Cela doit exister bien évidemment.) mais cela peut être l’objet d’un atelier avec les enfants et un certain nombre d’expériences pourraient être lancées sur cette base. La démarche reste formatrice. On n’a pas un outil clés en main mais un outil dont il va falloir s’emparer et dépasser le cadre strict de l’emploi traditionnel pour en tirer le maximum de capacités. Comprendre le système pour l’apprivoiser… Faire preuve d’ingéniosité, de créativité… Pour paraphraser une publicité connue, « l’important, ce ne sont pas les cartes, c’est ce que vous en faites »…