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Crapotine Ebook / Lucie Baratte

J’intervenais hier lors des 2émes Rencontres de l’Édition Numérique à l’Imaginarium dans le cadre d’un atelier intitulé « Créer soi-même son livre numérique ». Il s’agissait de présenter la méthode et les différents outils utilisables au quotidien.

Avant de tenter de résumer mes 45 minutes d’intervention, je tiens à remercier les organisateurs en particulier Léon Azatkhanian, Directeur du CRLL Nord – Pas-de-Calais, ainsi qu’Élisabeth, Aurélien, Dominique, Blandine et Morgane pour leur accueil. Ce fut un grand plaisir que de participer à cette journée.

Tirons maintenant, comme disait mon professeur de philosophie, la substantifique moëlle de mon propos.😉

Pourquoi faire son ebook en mode Do It Yourself ?

Le plaisir d’apprendre, la facilité de diffuser des ouvrages numériques, l’envie de tout faire soi-même… Les raisons peuvent être nombreuses. J’ai coutume de dire que le numérique nous permet de revivre l’époque de la Renaissance où l’on pouvait tout à la fois être auteur, éditeur, imprimeur et libraire. Cela demande du temps, de l’énergie mais ce n’est pas infaisable. Que vous souhaitiez simplement établir votre revue de presse quotidienne sous forme de livre numérique, diffuser les articles d’un colloque, créer votre petite maison d’édition ou faire connaître au monde entier vos écrits alors même que les éditeurs vous boudent, des solutions existent.

Quel format choisir ?

Pour ma part, je m’attacherai au format Epub qui est le plus courant et celui qui promet le plus bel avenir. Précisons cependant que nous ne connaissons pas le futur du livre numérique, que nous n’en sommes qu’à la préhistoire et que la vision du livre numérique peut être très diverse. C’est un objet en constante évolution. Je n’en donnerai donc pas une définition figée.

Quels supports privilégier ?

Aucun. Un livre numérique peut se lire autant sur un reader, une tablette, un smartphone, un ordinateur ou un lecteur audio avec synthétiseur vocal. Les supports sont très divers et il faut le garder sans cesse à l’esprit. Hors de question de penser le livre numérique comme un objet figé. Souvenez-vous des sites estampillés « optimisé pour Firefox » ou « optimisé pour Internet Explorer ». L’époque est désormais révolue et, dans le cas du livre numérique, je me vois mal dire à un lecteur : « vous pourrez lire ce livre uniquement sur tel ou tel support ». Certes, il existe des limitations dues aux possibilités techniques offertes par le support. Ainsi l’epub 3, qui permet d’intégrer par exemple des vidéos ou de l’audio, est difficilement utilisable sur reader et ne passe pas encore sur tous les lecteurs existants sur tablette ou smartphone. Il faudra tenir compte de ces restrictions et pouvoir proposer des versions différentes et non juste bloquer le lecteur.

Le livre numérique est un livre !

Cela peut paraître évident mais il faut sans cesse le rappeler. Le numérique n’a pas de valeur magique et un mauvais livre papier fera un mauvais livre numérique et inversement. N’espérez pas faire des miracles si le contenu de base n’est pas bon.

Quelles sont les étapes de création d’un livre numérique ?

J’ai coutume de les résumer au nombre de 6.

1 – Écrire

Faut-il le rappeler ? Sans contenu, pas de livre…

2 – Structurer

Un texte ne contient pas de structure à la base, alors qu’elle est indispensable à la machine pour que le texte puisse prendre vie de manière numérique. Il s’agit donc non pas de faire de la mise en page mais de structurer le texte de manière à ce que les dispositifs numériques sachent que telle partie de texte est un titre, que telle autre est un paragraphe par exemple. La plupart des outils d’écriture le font automatiquement sauf si avez pris l’habitude comme moi de travailler avec un bête éditeur de texte. Dans tous les cas, une connaissance basique du langage HTML, en particulier HTML5, est indispensable.

3 – Mettre en page

La mise en page, la « décoration » du texte n’intervient qu’à la fin, qu’une fois la structuration complète. Sinon c’est comme commencer à décorer une maison alors qu’elle n’est pas finie. « Vous pourriez décrocher vos tableaux, Monsieur ? On n’a pas fini de monter le mur. »

Attention à tenir compte des spécificités des supports : inutile de vous focaliser sur la couleur si vous visez surtout un support reader…

4 – Tester

Comme pour un logiciel, un produit, on teste et fait tester, ce sur toutes les plateformes possibles et à disposition. Le livre ne peut être considéré comme fini qu’une fois les erreurs et coquilles majeures évacuées. Nous ne sommes cependant certes pas à l’abri d’un bug logiciel mais l’honneur est sauf.

5 – Licence !

Protégez votre travail. Il existe bien sur le traditionnel copyright mais les licences libres ne sont pas à négliger, loin de là, et permettent de définir les conditions d’utilisation et de diffusion de votre création. Cela permet par la même occasion de définir clairement le droit d’auteur des différentes ressources existantes dans votre livre, ainsi si par exemple vous avez incorporé des images ou des polices qui ne sont pas votre oeuvre. Il existe de multiples licences libres adaptées au document. Je ne rentrerai pas dans le détail sinon ce post n’y suffirait pas. Pour ma part, j’ai tendance à privilégier les licences Creative Commons mais elles sont loin d’être les seules. Je vous suggère de lire attentivement la page consacrée aux licences libres sur Wikipedia.

6 – Diffuser

Prévoyez enfin clairement votre stratégie et vos moyens de diffusion de vos livres. Les moyens et les plateformes sont multiples et de nombreux sites vous renseigneront bien mieux que moi sur ce sujet.

Quelques conseils

HTML5 & CSS, tu apprendras. Certes, il existe des logiciels qui font tout tous seuls mais si vous voulez maîtriser le moindre aspect de votre livre, il vaut mieux en connaître la mécanique.

En termes de flux, d’adaptabilité tu raisonneras. Comme je l’ai écrit plus haut, un livre numérique peut être lu sur différents supports et on ne peut donc pas raisonner en termes de page figée comme dans le cas du livre papier. Le flux, c’est communément le terme utilisé pour décrire l’affichage d’une page web. Celle-ci, quand elle est bien faite, s’adapte à tous supports.

Au web tu penseras mais pas trop quand même. Quand vous examinez le code-source, vous vous rendez compte qu’un livre numérique utilise les mêmes technologies que le web mais cependant ne permet pas de faire tout ce que fait le web. Attention à ne pas confondre site et livre.

Les codes tu casseras et les limites tu repousseras. Pourquoi en effet se priver de tester et de repousser les limites ? Soyez créatifs, imaginatifs. Ne restez pas dans un cadre trop figé.

Au mode d’écriture tu réfléchiras. La vision traditionnelle de l’écrivain le présente seul face à sa machine. Nous pouvons écrire autrement : se servir d’un blog comme ballon d’essai, écrire au travers d’un réseau social, se confronter à ses lecteurs… A vous de choisir votre mode d’écriture en fonction de vos envies.

Aux ressources et aux droits d’auteur / d’utilisation / de diffusion tu songeras. On se sert très souvent sur le web en images, en polices, en textes sans véritablement penser aux droits d’auteurs. Dans le cas d’une utilisation personnelle, cela ne pose pas trop de soucis mais, si votre oeuvre doit dépasser le cadre de votre reader, vérifiez bien que vous possédez tous les droits, que les auteurs soient cités et que les licences sont clairement explicitées dans votre création. C’est une question certes de droit, mais aussi de respect envers ceux qui contribuent à une partie du succès de votre oeuvre.

Les outils !

Petite précision : je parlerai uniquement de logiciels libres et n’évoquerai pas les plateformes d’écriture. Elles sont certes efficaces mais ne correspondent pas à mon sens au format DIY qui s’affranchit d’une chaîne de publication classique.

Avant toutes choses, il faut pouvoir lire nos ebooks. Il est essentiel d’installer un logiciel de lecture sur son ordinateur pour pouvoir rapidement contrôler le résultat avant d’effectuer les tests sur d’autres supports. J’en retiendrai trois :

FB Reader (http://fbreader.org/) : simple d’utilisation, efficace, FB Reader est disponible sur toutes les plateformes dont Android.

Calibre (http://calibre-ebook.com/) : Calibre est le couteau suisse du livre numérique. Il permet de lire mais aussi de convertir, ainsi que de gérer le contenu de son reader.

Epub Reader (https://addons.mozilla.org/fr/firefox/addon/epubreader/) : une extension Firefox permettant de lire un epub dans son navigateur.

J’utilise le plus souvent Epub Reader et FB Reader car ils permettent de recharger rapidement un livre pour vérifier les modifications que l’on vient d’effectuer. Calibre est sans égal pour la conversion.

Un autre convertisseur libre assez efficace, Epubator, est disponible sur Android via le centre d’applications F-droid qui ne propose que des applications sous licence libre. Vous trouverez plus d’informations sur cette page concernant F-droid. Epubator permet de convertir les fichiers au format PDF vers le format Epub.

L’intérêt des convertisseurs est de vous éviter de repartir de zéro et de devoir tout coder à la main. Le résultat n’est pas exempt d’erreurs mais permet de s’éviter de longues heures de travail et des ampoules aux doigts pour n’avoir à se consacrer qu’au nettoyage et au peaufinage de votre livre.

Deux extensions disponibles pour Firefox et Chrome s’avèrent très utiles au quotidien pour transformer les pages web en ivre numérique et vous offrir un confort de lecture un peu plus agréable. Je fais régulièrement ma revue de presse de cette manière avant de prendre le train.

DotEpub (http://dotepub.com/) : DotEpub convertit votre page en un fichier Epub.

Grab my Books (http://grabmybooks.com/) : Grab My Books va beaucoup plus loin que DotEpub car cette extension permet d’éditer et de gérer plusieurs pages. Chaque page enregistrée au cours de votre navigation par Grab My Books se transforme en un chapitre de votre futur livre au format Epub. On peut ensuite réorganiser l’ordre des chapitres, éditer le texte, ajouter des métadonnées, une couverture… Je ne saurais plus m’en passer. Attention le contenu enregistré dans Grab My Books est perdu lorsque vous fermez le navigateur. Il vous faut impérativement récupérer votre fichier Epub avant de quitter Firefox ou Chrome.

OpenOffice et LibreOffice possèdent une extension permettant de publier au format Epub. Cela vous permet de travailler dans votre traitement de texte préféré et ensuite de convertir rapidement votre fichier. Writer2Epub (http://extensions.services.openoffice.org/fr/project/Writer2ePub) permet d’ajouter des métadonnées avant conversion pour un résultat plutôt correct.

Dans tous les cas, ces outils ne constituent que des « aides à la création ». Il s’agit de terminer par un logiciel plus puissant qui peut aussi servir de point de départ pour la création de votre livre numérique. Sigil (https://code.google.com/p/sigil/) offre une interface de conception de A à Z sous la forme d’un pseudo traitement de textes, permettant d’accéder au code-source du livre et aux différents fichiers qui le composent. Sigil est adapté à l’Epub 3, intègre des outils de validation et travaille en mode WYSIWYG, c’est-à-dire « What You See Is What You Get » signifiant que vous pouvez passer rapidement du code-source à la vue réelle de votre livre. Cette dernière option ne vous exempte cependant pas de la phase « test ».

Sigil peut apparaître un peu simpliste mais recèle de ressources et, si vous maîtrisez le code, à savoir HTML5 et CSS, au-delà des fonctions principales du logiciel, vous pouvez en tirer des merveilles.

Sigil2

Il existe des applications sur Android et iOs pour créer son livre numérique. Je les ai évoquées brièvement durant l’atelier car pas libres. J’y reviendrai plus longuement sur un autre post. Si elles s’avèrent pratiques, elles ne permettent cependant pas de créer un livre numérique clés en mains. Il y a encore un peu de travail à fournir ensuite pour finaliser l’ensemble.

Vous avez les outils entre les mains. Le reste n’est qu’apprentissage, étude des créations déjà existantes (le web regorgeant d’epubs « DRM free » à étudier), tests, créations plus ou moins importantes… Mettez les mains dans le cambouis. Je ne dirai pas « bon courage » mais plutôt bon amusement !

L’illustration est un petit clin d’oeil au travail de Lucie Baratte au travers de son livre pour enfants, Crapotine.