Paris - Telescope

Appelons les Élise et Lucie (les prénoms ont été changés). Elles ont 9 ans, sont toujours ensemble mais ne font que se chamailler. Séance après séance, on tente de résoudre leurs problèmes jusqu’à convenir de la seule solution possible : les séparer. Aux dires des autres, cela vaut mieux car Élise travaillait bien mais au contact de Lucie elle ne fait que mal se comporter. Soit…

En effet, Élise travaille désormais beaucoup mieux et c’est un plaisir que de découvrir une élève appliquée et intéressée. Tout le monde se l’accorde mais personne ne remarque que Lucie travaille elle aussi beaucoup mieux. La faute à qui, à quoi ?

Appelons le Mourad. On m’a prévenu : c’est un petit caïd et il va falloir le mater. La première fois que je le vois il est d’ailleurs, du haut de ses 9 ans, déjà au coin. Régulièrement il se fait réprimander. C’est presque une seconde nature. Certes, c’est une « tige » et sur une journée je le verrais se faire « attraper » au moins 3 ou 4 fois. Il se tourne pour parler, un enseignant qui passe lui fait une remarque et l’embarque pour aider à une autre tâche que la nôtre parce que « de toutes façons pour ce qu’il fait »… J’aurais aimé qu’il le voit quelques minutes plus tôt, appliqué, studieux et concentré. Un peu plus tard, la classe est bruyante, quelqu’un intervient et Mourad est sanctionné. Il n’est pourtant pas beaucoup plus bruyant que les autres. La faute à qui, à quoi ?

La force de l’habitude… Des enfants qui sont turbulents et certes parfois pénibles mais qui finissent par être catalogués. Je ne jette la pierre à personne. Je constate simplement ces faits, ces spirales qui entraînent des enfants à être continuellement de petits trublions car l’image qu’ils se sont forgée a fini par véritablement leur coller à la peau aux yeux des autres. Difficile de revenir en arrière.

J’ai la chance de les rencontrer sous un autre angle, de les découvrir autrement et d’avoir peut-être une petite possibilité de les faire changer de voie. Cela ne marche pas avec tous. On rencontre parfois l’échec mais chacun de ces instants où on les voit si différents de l’image traditionnelle que l’on veut bien leur coller est une petite victoire en soi.

L’important tient en deux points : ne pas hésiter à changer de lunettes pour les regarder autrement et surtout n’avoir à la base aucune information sur eux, aucun prisme qui risquerait de fausser notre premier contact.

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