Kitchen Lego

C’est l’histoire d’un restaurateur…

Un mois auparavant : « Nous disons donc 10 adultes et 4 enfants. C’est bien cela ? »

Le jour même : « Ah oui désolé. En fait, ils sont 25 dont 7 enfants. »

Et le restaurateur restaura comme il pût 25 personnes pour ne pas que les convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « Île flottante en dessert, ça vous convient ? »

Le jour même : « Vous n’avez pas été prévenus qu’ils sont allergiques aux oeufs ? »

Et le restaurateur donna ses îles flottantes au foyer d’à coté et prépara avec ce qu’il avait sous la main un autre dessert pour ne pas que ses convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « Trente bavettes avec sauce au poivre et frites ? C’est d’accord. »

Le jour même : « Personne ne vous a dit que nous sommes végétariens ? »

Et le restaurateur fit preuve d’imagination une nouvelle fois pour ne pas que ses convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « La cuisine est entièrement équipée. Vous y serez au paradis. »

Le jour même : « Oui, désolé. On a une coupure de gaz depuis 4 jours. Ça va aller quand même ? »

Et le restaurateur cuisina au feu de bois pour encore une fois ne pas que ses convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « Nous avons quatre fours à disposition. Vous n’aurez pas de soucis pour réchauffer vos 200 plats. »

Le jour même : « Oui, on a déplacé les fours dans un autre espace. On a pensé que vous n’en auriez pas besoin mais, si nécessaire, il y a des micro-ondes dans l’arrière-salle. »

Et le restaurateur réchauffa comme il put ses 200 plats à l’aide de micro-ondes, en s’organisant comme un malade pour sans surprise ne pas que ses convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « Oui, notre piano est compatible avec les casseroles et cocottes XYZ. »

Le jour même : « Mais qui a bien pu vous dire cela ? C’est un modèle de 1996. Il n’accepte pas les casseroles et cocottes XYZ. »

Et le restaurateur heureusement avait dans son camion quelques casseroles et cocottes compatibles mais pas suffisamment pour pouvoir travailler efficacement. Il fit cependant de son mieux pour ne pas que ses convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « Ce sont des novices. Si vous réussissez à leur faire faire des crêpes, ce serait déjà très bien. »

Le jour même : « Des crêpes ??!! Mon assistant m’a pourtant parlé de Tournedos Rossini. »

Et le restaurateur fit ce qu’il put pour que les participants réalisent des Tournedos Rossini pour ne pas que leur apprentissage en pâtisse.

Un mois auparavant : « Vous aurez 5 aides en cuisine et quelqu’un sera là pour superviser la salle. »

Le jour même : « Avec les arrêts, vous savez : c’est compliqué. On a envoyé quelqu’un vous chercher les clés de la salle. Ils ont du oublier de mettre une personne d’astreinte. »

Et le restaurateur avec 3 personnes en moins et une bonne heure de retard cuisina quand même son repas car il ne fallait pas… que ses convives en pâtissent.

Un mois auparavant : « Tout est ok sur le plan logistique. A vous de jouer ! »

Le jour même : « Oui, on nous a demandé de faire une maintenance du réseau électrique ce matin. Pourquoi ? Ça pose un problème ? »

Et le restaurateur attendit que l’électricité soit rétabli avant de pouvoir cuisiner. Il y mit tout son courage malgré le temps perdu car il ne fallait définitivement pas que ses convives en pâtissent.

Le restaurateur s’en tira pas trop mal de ces différentes situations. Cela lui causa cependant beaucoup de stress, de fatigue et il perdit un temps fou à devoir recommencer tout ce qu’il avait déjà préparé. Mais le pire c’est qu’il n’était pas satisfait : cela ne correspondait pas à son objectif « qualité ».

Je ne suis pas restaurateur et je ne suis pas magicien non plus. C’est pourtant le quotidien d’un animateur numérique que je dépeins. Les enfants sont les convives et ils ne doivent jamais faire les frais des différents problèmes qui peuvent survenir. Il y a certes des problèmes techniques mais ce n’est pas le plus important. J’ai insisté x fois sur le fait d’être autonome mais c’est extrêmement fatigant de devoir en sus sans cesse improviser. Ne voyez cependant pas le mal là où il n’y en a pas. Il y a essentiellement méconnaissance de vos besoins.

Alors que fait-on ? S’assurer que tout le matériel est à disposition et que tout fonctionne avant l’atelier ne vous garantit malheureusement pas les surprises. C’est bien en amont cependant que le travail doit être fait en sensibilisant vos partenaires à la spécificité des ateliers numériques. Ce ne sont en effet pas des ateliers comme les autres qui demandent parfois une configuration particulière. Cette configuration, vous pouvez la cartographier en voyant avec eux si leurs équipements sont véritablement « numérique ready ». Conseillez-les. Définissez une grille de critères. Insistez s’il le faut. Certes, cela n’empêchera pas d’essuyer les plâtres ou d’avoir encore quelques surprises mais cela permet d’avancer et de partir ensuite sur des bases saines. Comme toujours, documenter, documenter et encore documenter…

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