Qu’on se le dise : j’ai horreur de faire de la discipline. L’autorité et tout ce qui va avec sans fondements n’a jamais été ma grande amie. Le respect se mérite mais parfois on a beau faire, il faut sévir. Au fil du temps, j’ai usé de petites astuces qui ne font certes pas de miracles mais permettent d’améliorer un peu les chose. N’attendez donc pas que votre atelier se transforme en havre de paix mais vous éviterez très souvent l’étape « pétage de plombs ».

Laissez de la marge

En effet, un atelier n’est pas un espace où l’on est archi-calme, où l’on s’assied sur sa chaise en attendant que l’on nous dise de bouger. Définissez votre marge de manoeuvre, vos limites et explicitez-les clairement avec les enfants : « Ok pour ceci, non pour cela ».

Pratiquez la communication positive

J’ai découvert il y a quelques années le concept de communication positive et, depuis, je ne m’en départis plus. Cela demande un peu d’habitude, de réflexion mais réduit grandement le stress autant chez l’intéressé(e) que chez vous. Plutôt que de s’énerver (même s’il y a matière à s’énerver…), autant trouver une formulation moins agressive et qui mette en valeur l’intérêt de bien faire. Un petit exemple avec un(e) élève régulièrement en retard (et des excuses toutes sauf crédibles), à « tu te fiches du monde » préférez le « il est important que tu arrives à l’heure, on a besoin de toi pour le projet et, sans toi, on avance beaucoup moins bien ». Un « je compte sur toi, je te fais confiance » a, pour ma part, souvent fait des miracles.

Laissez les soucis à l’extérieur

On est pas toujours dans les meilleures conditions quand on arrive à un atelier. Soucis divers, grogne envers les méandres administratives, queue de poisson magistrale sur la route… C’est donc le moment de faire la part des choses et Mélissa ou Mohammed qui vous cassent les pieds depuis dix minutes en faisant les zouaves ne sont pour rien dans ces tracas. Je prends souvent quelques minutes avant le début de l’atelier pour faire la « balance » : d’un coté, le négatif de ma journée ; de l’autre, le positif. On vide ensuite mentalement pour se consacrer à l’atelier. Vous les regarderez faire les zouaves autrement et cela risque même parfois de vous donner le sourire.

Prenez votre temps

L’idéal pour se préparer mentalement et ne pas arriver stressé, c’est, malgré la masse de boulot, de prendre un peu son temps dans la vie. Plutôt que de grogner dans les embouteillages sur l’espèce de @&#$€ qui n’avance pas en vous demandant si vous allez trouver une place pour vous garer facilement, plutôt que de vous lamenter sur le retard du métro, prenez un peu d’avance, ajoutez dix minutes sur votre horaire.

Rebondissez, exploitez-les

Ils aiment faire les zouaves ? Ok. Avant de vous insurger, voyez s’il n’y a pas moyen d’exploiter de manière pédagogique l’énième bêtise se déroulant sous vos yeux. Un petit exemple ? Plutôt que d’avancer sur le projet, quelques gamines avaient trouvé plus intéressant de se dessiner mutuellement des motifs sur les bras, ce qui n’avait bien évidemment rien à voir avec le projet. Je leur ai proposé de poursuivre avec de l’encre conductrice et d’effectuer ensuite les connexions électroniques. Le concept que nous devions explorer a été assimilé et je n’ai pas eu à leur demander de se concentrer sur ce que nous devions faire.

Soyez patient et laissez-les s’autoréguler

Si vous êtes capables de suivre les mouvements d’une imprimante 3D jusqu’à finalisation de l’objet ou de bloquer béatement sur une barre de téléchargement, vous savez ce que c’est que la patience. Parfois je n’interviens pas. Je laisse les choses s’épuiser d’elles-même. Les enfants me connaissent un peu, savent ce que cela veut dire et s’auto-régulent. Une technique assez simple consiste à s’extraire mentalement du lieu : restez où vous êtes, croisez les bras et ne dites plus rien. La foire continue pendant une ou deux minutes jusqu’à ce que l’un ou l’une d’entre eux se rend compte que vous êtes totalement passif. L’auto-régulation commence alors et vous entendez fuser des « chut », « arrêtez ». Cela peut prendre 5 minutes mais le résultat en vaut la peine.

Créez des espaces de « calme »

Je peux très bien comprendre qu’à un moment ou à un autre un enfant ait besoin de s’extraire de l’atelier et de faire autre chose. Personne ne reste concentré pendant des heures. Plutôt qu’il aille courir dans tous les sens, offrez-lui les moyens de s’évader. Je laisse ainsi de quoi dessiner, jouer avec des Lego… Cela dure quelques minutes puis je le vois revenir.

Devenez avocat

Un atelier n’est pas sans conflits : « il m’a dit », « elle m’a fait ». Comme je le dis souvent, je ne cherche pas de coupable mais des solutions. Je me fais donc avocat et cherche à comprendre le conflit, à faire réfléchir de manière à ce qu’ils trouvent eux-mêmes la bonne attitude à adopter. Ce n’est pas toujours facile mais les résultats sont un peu plus durables.

Créez des rituels

Les rituels sont importants, notamment en matière de discipline. Souvent je démarre par un petit tour de table, quelques questions plus personnelles « Comment ça va ? Vous avez passé un bon weekend ?, etc ». Ils ont tous quelque chose à raconter. Cela crée une certaine connivence, une bonne ambiance qui facilite les choses. Le gros souci avec les enfants, quels qu’ils soient, c’est le langage. Nous nous écrions donc tous en choeur « VOCABULAIRE ! » qui nécessite un « pardon ». Cela devient un amusement et, à force, ils font attention, voire s’en rendent compte et le disent eux-même avant de se reprendre en trouvant une expression moins triviale. Je les initie aussi au langage fleuri du capitaine Haddock et à des expressions désuètes mais loin de toute vulgarité. Cela permet de s’exprimer sans craindre le « VOCABULAIRE ! ». Un « bachi-bouzouk » vaut mieux qu’un @#&*$%.

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