Quand il s’agit de parler d’information et de chronologie des événements, je prends souvent cet exemple :

  • a : Pierre frappe Paul
  • b : Paul frappe Pierre
  • c : l’enseignant punit Paul

Ce soir, j’ai été témoin d’une scène plutôt choquante : une femme, tirée de force hors du métro par les contrôleurs. Ses enfants pleuraient, criaient tandis qu’elle se débattait.

Croyez-moi si vous le voulez mais cette scène ne m’a fait ni chaud ni froid. J’étais simplement triste pour les enfants qui mettraient du temps à se remettre de cet épisode. Trop jeunes pour vivre une scène de cette violence.

Plusieurs personnes ont tenté d’intervenir en essayant de s’interposer et de dialoguer avec les contrôleurs. Ils étaient clairement du coté de la femme. Leur point commun : la plupart venaient d’arriver sur le quai de la station. Curieusement ceux qui se trouvaient dans la rame ne bronchaient pas et j’étais de ceux-là.

Il fallait en effet avoir vécu la scène depuis le début. Alors que les contrôleurs étaient dans la rame, la femme bloque la fermeture des portes pour pouvoir entrer au dernier moment, elle et ses enfants, plutôt que d’attendre le prochain métro. Il faut savoir qu’outre le fait que cela gêne les autres passagers et retarde le flux normal du métro ce geste est passible d’une amende. Avec quinze contrôleurs présents dans la rame, il fallait s’attendre à ce que celle-ci tombe.

S’ensuivent insultes, hystérie, contrôleur qui manque de se prendre une gifle, poussette jetée dans les jambes, prises à partie plutôt agressives… Bref, pas spécialement sympathique la madame… Les contrôleurs tentent de calmer le jeu jusqu’à une station où ils abandonnent l’affaire. Cette fois, madame bloque les portes trois fois de suite pour les insulter copieusement alors qu’ils s’éloignent. Peu importe que les autres personnes présentes dans le métro attendent ou que cela bloque le trafic… C’est alors que les contrôleurs décident d’intervenir et de la sortir de la rame, d’où la scène que je décrivais au début.

Moralité : pour peu que l’on prenne cette histoire au moment où la « sortie » s’effectue, toutes les interprétations sont possibles et il faut croire que la plus simple était « ouh les méchants contrôleurs » d’après ce que je pouvais entendre ensuite dans les discussions des nouveaux venus.

Autre scénario récent : ce lycéen qui, à la porte d’un bus, insulte copieusement une femme d’une cinquantaine d’années tenant son vélo à la main, cette dernière, outragée, lui répondant comme elle le peut. Choquant, n’est-ce-pas ? Cinq minutes plus tôt, la brave dame en question a traversé pratiquement au nez du bus qui a du piler net. Vraisemblablement le lycéen s’est rattrapé violemment à la première chose qui lui venait sous la main pour ne pas tomber. En se rapprochant, on peut constater qu’il a la main en sang. Je crois que j’aurais invectivé tout autant cette femme, qui ne se rendait pas compte du risque qu’elle avait couru et fait courir à tous.

L’information, c’est bien souvent cela. Douter de ce que l’on voit, imaginer qu’il y a d’autres scénarios possibles, ne pas s’arrêter à un premier scénario tangible où l’on ne voit que b et c sans penser qu’il peut y avoir un a.

Quand on voit ce qui s’échange comme information sur le net sur les réseaux sociaux ou à travers les chaînes de mails qui malheureusement tiennent le choc, il y a fort à faire.